En avril, mai, juin 2026, nous nous proposons ici d’accompagner les patients, leurs proches aidants et les élèves de l’école du village, à la création d’une série de petits films à portée poétique, dits “films-haïku”, à partir d’images d’archives familiales des années 1950 à 1980.
Le processus de fabrication sera collectif. Plusieurs petits groupes travailleront à une étape de la fabrication des films et se transmettrons les productions faites, comme un relais. Nous estimons un total de près de 140 patients, aidants, voire soignants du Centre Médical Germaine Revel susceptibles de participer, ainsi que 50 élèves de l’Ecole Saint Thomas d’Aquin Chabanière.
Cette démarche, qui mobilise plusieurs disciplines artistiques (cinéma, poésie, musique), offrira une diversité de pratiques aux participants permettant à chacun et chacune de s’y retrouver.
Ce projet est présenté dans le cadre du dispositif Culture et Santé financé par l’ARS, la DRAC et la Région. Si nous obtenons les ressources financières nécessaire, il sera piloté par la réalisatrice Angela LANTERI et Archipel Médiateur Culturel, en partenariat avec la Cinémathèque de Saint-Etienne, l’Espace Pandora et l’artiste Thibault Cohade.
Crédit photo: collection Pelican – Suite numérique et Angela Lantin – Photos de la Cinémathèque de Saint-Etienne
Note d’intention de la réalisatrice
« En revoyant nos films Super 8 pris entre 1972 et 1981, il m’est apparu que ceux-ci constituaient non seulement une archive familiale mais aussi un témoignage sur les loisirs, le style de vie et les aspirations d’une classe sociale, dans la décennie qui suit 1968. Ces images muettes, j’ai eu envie de les intégrer dans un récit croisant l’intime, le social et l’histoire, de rendre sensible le goût et la couleur de ces années-là ». (Annie Ernaux)
Ces quelques mots d’Annie Ernaux à propos du film « Les années Super 8 » sont une source d’inspiration pour la démarche que nous souhaitons entreprendre ici.
Faire des souvenirs familiaux une histoire commune
Angela a travaillé à plusieurs reprises sur les questions de santé/handicap et également sur des projets personnels à partir d’images d’archives familiales. Elle souhaite, dans le présent projet, réunir ces deux dimensions. En effet, elle trouve, dans les images d’archives, un potentiel formidable de mise en récit d’histoires personnelles, qui peuvent être aisément appropriées et revisitées. Les archives familiales, enrichies d’autres regards et d’autres paroles d’aujourd’hui, constituent une mosaïque de souvenirs qui offre au spectateur une vision universelle et historique dépassant les souvenirs individuels. Ces compositions peuvent être très émouvantes quand elles nous montrent comment nos propres histoires s’inscrivent dans une continuité historique, sociale et humaine. Elles nous relient entre nous et, en ce sens, sont porteuses d’une dimension inclusive, par-delà les époques et les différences de chacun.
Une fenêtre ouverte sur l’écriture cinématographique et la poésie
Afin de tenir compte des spécificités des patients fatigables, nous avons décidé de proposer la création de très très courts métrages que l’on a appelé « film-haïkus ». Le concept de film-haïku a été développé dans le cadre du collectif d’auteurs « Dans l’attente d’un nom » dont Angela Lanteri fait partie. On peut voir de nombreuses créations du collectif ici : https://collectif-dan.entrelesmailles.fr/les-creations-en-cours/un-petit-haiku/
Et ceux d’Angela ici. Le principe est de s’inspirer du genre de la poésie japonaise, les haïkus, pour les décliner en film. Un haïku est un très court poème, en trois temps, exprimant une émotion issue d’une observation. En langage audiovisuel, il va s’agir de créer trois temps cinématographiques qui vont permettre d’exprimer un sentiment. Cette approche très courte et rythmée permet de proposer aux participants un cadre propice à la création en peu de temps et offre un rendu intéressant avec une mise en contexte, l’expression d’une émotion, une chute. À cette construction en images, nous ajouterons des ateliers d’écriture de poèmes d’inspiration haïku et des ateliers de création sonore et musicale. Ces ateliers contribueront à construire une série de films-haïkus évoquant des souvenirs familiaux ayant une portée universelle. La réalisatrice Angela Lanteri veillera à la cohérence artistique de l’ensemble.
Construire une mémoire collective à partir de souvenirs de familles
Pour produire ces « films-haïkus », nous avons choisi de mobiliser des films d’archives dont dispose la Cinémathèque de Saint Etienne. En effet, la Cinémathèque conserve un fonds d’archives très intéressant, notamment de films de famille depuis les années 1950. Par exemple, on y trouve des souvenirs qui relatent les premières vacances à la montagne, des souvenirs de baignades, les premiers pas des enfants. Exemples en ligne ici : https://cinematheque.saint-etienne.fr/default/thematique-marche-ineluctable.aspx
Il nous a semblé particulièrement riche d’effectuer une recherche dans ce fonds et de mettre à disposition des participants une sélection de films qui deviendront nos « rushs ». En effet, cette démarche permet de reconstituer une mémoire collective à partir des souvenirs de personnes de différentes époques. Cela crée du lien entre les générations et nous relie à notre propre humanité. Nous inviterons les patients à se pencher plutôt vers des souvenirs heureux, mais il pourra tout-à-fait y avoir d’autres émotions exprimées (colère, désir, peur…). La création artistique est un excellent moment pour se mettre à l’écoute de ses émotions et trouver des modalités d’expression. Ici, en proposant de s’approprier des images des autres, on offre des outils qui mettent de la distance à soi et transforment une émotion personnelle en un message plus universel.
En outre, les patients du Centre Médical Germaine Revel issus de la Région Auvergne Rhône-Alpes connaissent bien le Territoire (en particulier les départements de la Loire
et du Rhône). De même, les élèves de l’école impliqués dans le projet sont, pour la grande majorité, issus de familles implantées sur le Territoire depuis plusieurs générations. Redonner vie à ces images prend ainsi sens au niveau territorial et donne corps à une démarche partenariale locale.
Témoignages de patients sur le projet “Culture & Santé 2025” mené avec l’artiste Giulia Zanvit :
“En ce qui concerne le travail de Giulia, elle a envisagé un projet global de son œuvre (découper des mots, recomposer des phrases, chercher des plantes dans le centre afin de préparer l’encre avec lequel on écrirait “nos phrases”)… ce sont des moments libres, créatifs, où l’on oublie le quotidien parfois difficile. On se sent utile, acteur de quelque chose. J’ai apprécié toutes les étapes et Giulia m’a permise d’enlever l’étiquette RIDICULE que, malheureusement beaucoup d’entre nous, nous nous collons sur le front “
“Giulia, un projet imprévu et très enrichissant humainement. Moi qui ne suis pas du tout créatif, elle a tout de même réussi par ses mots, son regard, son attention et ses chouettes idées, à me convaincre de réaliser une composition florale – ce n’est pas rien – pour garnir des récipients décorés et fabriqués par des petits et décorés aussi par des patients. Des dizaines de bouquets en fleurs sauvages et une multitude d’empreintes de paumes de main décorées de coquillages, suspendues à des mobiles, rendaient cette exposition un endroit magique. Plein de sérénité. Merci Giulia. Merci… Merci pour l’attention que tu nous as apporté, ta lumière et ton dévouement. A très bientôt et bonne route”
Photo Julie CHERKI